samedi 24 septembre 2011

Roulette russe

Tout le monde connaît les règlements de ce jeu tristement célèbre: une seule balle est chargée dans le
barillet d'un revolver de six coups. À tour de rôle, les participants tournent le barillet et se mettent le canon
sur la tempe sans voir si la balle se trouve dans la chambre de barillet fatidique, et appuient sur la détente.
L'espoir de survivre est la seule lumière qu'il peut y avoir au bout du tunnel. Dans cinq cas sur six, l'espoir
l'emporte. Dans le dernier cas, la balle. C'est un jeu joué par des désepérés, qui en sont rendus à jouer leur
vie pour se sortir du pétrin parce que l'alternative est encore plus lugubre.

Quel rapport avec le Québec ?

Depuis une quarantaine d'années, les Québécois se sont faits offrir différentes options quant à leur situation
politique au Canada. Chaque nouvelle élection amène son lot de changements et d'adaptations, dans des
mesures différentes. Une élection provinciale n'a pas le même impact sur nos vies qu'une élection fédérale,
non plus. Notre relation politique avec le ROC est complexe, mais tant que le Québec sera dans le giron
canadian, nous n'avons pas d'autre choix que de se prêter au jeu du fédéralisme sous toutes ses formes.

Préambule - Le fédéralisme en général

Soyons clairs en partant: toute fédération, ou confédération, a pour but de centraliser les pouvoirs vitaux
(monnaie, armée et défense, transport maritime, transports ferroviaires, aéroports, communications, affaires
étrangères, technologies, recherche et développement, tribaunaux criminels) et laisse aux régions
(provinces) les pouvoirs mineurs tels l'éducation, la santé, la culture, le commerce intérieur, les services
sociaux, tribunaux civils, etc. Tous les pays de nature fédérale fonctionnent de cette façon. Deux
gouvernements, l'un soumis à l'autre, l'un subordonné à l'autre. Les Lois fédérales aura toujours préséance
sur les Lois provinciales, même celles qui sont strictement de juridiction provinciale. La constitution
canadienne donne au gouvernement fédéral le pouvoir de dépenser, ce qui est l'équivalent d'une carte VIP
tout-accès aux programmes québécois. Avec ce pouvoir, le gouvernement fédéral peut décider qu'il crée
une subvention, par exemple, le faisant concurrencer les services offerts par le Québec dans n'importe
quelle compétence, même l'éducation ou la santé. Cette intrusion crée une dépendance économique dans
certains secteurs; les citoyens et entreprises profitant de ces subventions ne veulent bien sûr plus les perdre.
Ce dédoublement de services coûte cher aux contribualbles qui se trouvent à financer le même service au
niveau provincial et fédéral. Les Québécois paient, au final, pour leur propre dépendance au gouvernement
centralisateur fédéral.

Chambre 1 - Le premier référendum (1980)

Lors du premier référendum, celui avec la question longue et alambiquée, le gouvernement Trudeau voulut
calmer la vague de mécontentement au Québec, qui avait donné lieu à la naissance d'un parti politique
aujourd'hui en dormance dont je taierai le nom. Trudeau sortit le concept de fédéralisme renouvelé pour
amadouer les électeurs et faire semblant de leur offrir des solutions aux problèmes que vivaient les
Québécois. Trudeau avait même affirmé vouloir mettre son siège en jeu afin qu'un vote de rejet du projet
souverainiste ne soit pas interprété comme une approbation du statu quo, mais bien comme un vote pour le
changement. Bien sur, au lendeman du référendum, toute promesse fut oubliée. Trudeau n'eut aucun
remords à tourner le dos au Québec. Il n'en avait pas eu lorsqu'il avait déchaîné ses tanks dans les rues de
Montréal en octobre 1970, pourquoi en aurait-il eu alors ? La seule chose qui fut renouvelé fut le mépris
envers le peuple Québécois. Trudeau entama alors son projet de rapatrier la constitution du giron
britannique, avec les conséquences que l'on sait.

Chambre 2 - Le rapatriement de la constitution (1982)

Le rapatriement de la constitution canadian implique que le Canada possède désormais tous les pouvoirs
pour modifier sa Loi fondamentale. Avant cela, il était théoriquement possible, quoique très ardu, pour un
citoyen du Québec de faire appel au Conseil Privé de l'Angleterre pour faire valoir certains droits ou faire
certaines demandes. Un cas bien connu est la pendaison de Louis Riel en 1885; après son procès expéditif
et sa condamnation fatidique, il y eut un appel de fait auprès dudit Conseil pour demander la tenue d'un nouveau procès devant des pairs francophones et plus impartiaux. Cette demande fut refusée et Riel fut
pendu le 16 novembre 1885. Le rapatriement rend caduque cette procédure qui, somme toute, ne faisait que
retarder l'inévitable, i.e. la domination anglaise sur les francophones.

Trudeau convoqua de force les provinces le soir du 4 au 5 novembre 1981 afin de ratifier l'accord. René
Lévesque n'avait pas été mis au courant de cette rencontre; il n'a donc pu représenter le Québec ni s'opposer
à la signature du document. Cette nuit est désormais connue comme "la nuit des longs couteaux". Le
gouvernement fédéral canadian n'a plus à demander la permission à la couronne britannique pour flouer le
Québec, il peut le faire tout seul. Aucun gouvernement Québécois depuis 1982 n'a accepté de signer ce
document.

Chambre 3 - L'entente du Lac Meech (1987)

La déception fut grande parmi les Québécois à la suite du premier référendum, ainsi que lors du
rapatriement de la constitution. Brian Mulroney fit la plus belle tentative de récupération politique de
l'histoire récente. Il se proposa d'intégrer le Québec dans la constitution canadian "dans l'honneur et
l'enthousiasme". Petite révision historique: trois provinces se sont officiellement prononcées contre le
projet de rapatriement: le Nouveau-Brunswick, le Manitoba et Terre-Neuve. Le Québec avait cinq
demandes jugées minimales afin de ratifier le nouveau document constitutionnel. Chacune d'elles faisaient
ressortir le caractère distinct du Québec face au ROC, et bien sûr ça a causé des remous un peu partout "a
mare usque ad mare". L'une d'entre elle accordait un droit de veto eu égard à certains amendements de la
constitution. Bien sûr, aucune autre province ne voulait accorder au Québec un droit unilatéral de
modification de la constitution. Par contre, la Supprime Court of Canada a reconnu la légalité du
rapatriement unilatéral de la constitution, même sans l'assentiment du Québec. Les médias anglophones de
partout au pays traitaient les francophones du Québec d'irresponsables, de bébés gâtés, de racistes et même
de traîtres. Garry Filmon, le premier ministre du Manitoba de l'époque ,affirme que de "reconnaître que le
Québec est une société distincte [ ] c'est aller tout droit vers la séparation du Québec."

Voici, en condensé, les cinq demandes du Québec:
1. Une reconnaissance du Québec comme société distincte et de l'existence du fait français
2. Que le Québec dispose d'un droit de veto à l'égard de certains amendements importants à la
Constitution
3. Le droit de retrait d'une province, avec compensation, de tout programme initié par le
gouvernement fédéral dans un domaine de compétence provinciale
4. Une reconnaissance accrue des pouvoirs provinciaux en immigration
5. Que les trois juges québécois de la Cour suprême du Canada soient nommés par le gouvernement
fédéral sur proposition du gouvernement du Québec

René Lévesque qualifia cette entente de "beau risque". Cette attitude de soumission causa la démission
gouvernementale de députés et ministres influents tels Jacques Parizeau, Camille Laurin et Guy Chevrette.
Je passerai sous silence le deuxième référendum de 1995. Le parti libéral fédéral de Jean Chrétien avait
pourtant brisé la loi électorale en dépensant neuf fois plus que la limite permise, en achetant ou en faisant
construire des panneaux le long des autoroutes pour afficher l'option du Non, financé le tristement célèbre
"Love-In", etc. Il y eu aussi l'inscription irrégulière de plus de deux cent mille (200,000) personnes sur les
listes électorales. L'immigration au Québec, en 1995, a connu un bond spectaculaire de 87%, soit plus de
43,000 personnes. Jean Chrétien avait même affirmé lors de la commission Gomery que lorsqu'on est en
guerre, on ne regarde pas le prix des balles. Le camp du Oui a perdu d'un peu plus de 52,000 voix. Certains
diront que 50%+1 n'aurait pas été suffisant pour accepter que le Oui l'emporte. Pourtant, 50,6% fut
suffisant pour accepter le Non.

Chambre 4 - La reconnaissance superficielle de la nation Québécoise (2006)

En 2006, le Bloc Québécois a déposé une motion à la chambre des communes à Ottawa qui demandait la
reconnaissance du Québec comme nation. Ce geste s'en voulait un de défi, voire de provocation. Le but
était de mettre les partis fédéralistes dans l'embarras, en supposant qu'ils refuseraient de reconnaître une
telle chose. La motion a été battue, sans surprise, par 233 voix contre 48. La surprise est apparue en novembre 2006, lorsque le parti conservateur a déposé une motion reconnaissant la nation Québécoise, en
ajoutant au texte la phrase "au sein d'un Canada uni". Les libéraux se sont joints au gouvernement pour
appuyer la motion, qui a passé à 266 contre 16. Que signifie cette motion ? Quels sont les impacts réels de
cette reconnaissance que Maxime Bernier qualifiait "d'historique" ? Cinq ans plus tard, on constate bien
l'ampleur de la considération du gouvernement Har-peur envers la nation Québécoise. Minoritaire ou non,
crise financière ou non, cinq ans donnent amplement le temps de concrétiser une motion qui se veut
rassembleuse et pacificatrice. Si vraiment Har-peur voulait amadouer les Québécois, il aurait transféré des
pouvoirs, éliminé des services en double, accordé une voix au Québec dans les négociations avec les pays
étrangers, les exemples fusent. Et pourtant, rien.

Bien au contraire, depuis qu'il est au pouvoir le gouvernement Harper a déposé des motions pour:
1. augmenter le nombre de sièges à la Chambre des communes à Ottawa, réduisant d'autant le poids
politique du Québec
2. permettre l'incarcération des mineurs dans des prisons pour adultes
3. accorder des réductions d'impôts aux compagnies pétrolières de l'ouest canadien
4. limiter la portée de l'engagement du Canada envers le protocole de Kyoto.
En mars 2011, le gouvernement Harper est accusé d'outrage au parlement - du jamais vu dans l'Histoire
canadienne- et celui-ci force des élections pour ne pas faire face à un vote de confiance des partis de
l'opposition. Le 2 mai suivant, Harper remporte ces élections et forme un gouvernement majoritaire sans
l'aide du Québec (avec seulement 4 députés conservateurs sur 167), encore du jamais vu.

Chambre 5 - Le risque renouvelé

Depuis 1990, année de création du Bloc Québécois, le Québec avait élu majoritairement des députés
bloquistes. L'idée d'avoir des ambassadeurs nationalistes au sein de l'organisation fédéraliste plaisait à bien
des gens. Avec les années, la raison d'être de cette formation politique n'était plus autant de faire valoir la
position du Québec, mais de "défendre les intérêts du Québec", acte que tous les autres partis à Ottawa se
vantaient de faire. Lors des élections de mai 2011, les Québecois ont massivement changé de registre
politique et ont porté à l'opposition officielle un parti fédéraliste dont la renommé au Québec reposait sur
un seul homme et un seul visage, Jack Layton. Certains candidats, qu'on a qualifiés de "poteaux", n'avaient
jamais mis les pieds dans leur circonscription électorale. Certains ont dûs quitter l'école pour prendre place
à la Chambre des communes. Serons-nous vraiment bien servis par ces élus? Sauront-ils atteindre le niveau
de professionnalisme que leur nouvelle vocation exige d'eux ? Sans mettre en doute leur bonne volonté,
l'auteur de ces lignes ne croit pas que leur talents combinés n'atteignent grand-chose.

Le BQ, NPD et le PLC n'ont pas de chefs actuellement. Le Bloc est relégué au rang de "groupe politique",
n'ayant pas assez de députés élus pour être considéré comme un parti à part entière. Le NPD survivra
sûrement ailleurs au Canada, mais l'illusion d'espoir est terminée au Québec. Le PLC continuera d'être le
PLC: pourri de l'intérieur et inclusif de tout le monde, sauf des Québécois.

5 chambres vides, le Québec est toujours là. La prochaine fois... doit-on encore jouer à ce jeu dangereux et
sans issue ? Combien de chambres seront encore vides ? Craignons-nous l'inconnu à ce point qu'on préfère
faire face à la mort certaine ?

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